Moins d'une quinzaine après la ratification, par le Parlement haïtien, de l'Accord de Cotonou révisé, aucun avis autorisé n'est venu faire état d'une quelconque stratégie de réduction des risques prévisibles encourus dans la perspective d'une mise en œuvre de l'APE.

La même discrétion a été également observée par cette autre principale partie prenante dans ce dossier qu'est l'Union Européenne (UE).

L'Ambassadeur de l'Union européenne en Haïti, Javier Niño Perez, a certes qualifié cette ratification "d'étape-clé dans la consolidation des liens de coopération en vue de transformer Haïti en économie émergente à l'horizon 2030", mais a omis, délibérément ou non, de mentionner les énormes enjeux d'ordre structurel et conjoncturel liés à la mise en œuvre de l'APE.

À commencer, notent les observateurs, par l'inexistence - jusqu'à preuve du contraire - de l'unité chargée de sa mise en œuvre au niveau national.

Et pourtant, ce ne sont pas les informations qui manquent.

Les risques pour Haïti, constatent les auteurs d'une étude commanditée sur le sujet par le Ministère du Commerce et de l'Industrie (MCI)et publiée en avril 2013, ce sont les impacts économiques, sociaux et environnementaux sur un pays déjà très vulnérable.

Ces risques, précise le rapport d'étude, sont par ailleurs connus et prévisibles, notamment "en matière de pertes de recettes fiscales, de concurrence accrue des importations sur la production locale, de coûts sociaux d'ajustement à court et moyen terme."

Autrement dit, tout ce qui aujourd'hui constitue à la fois les points faibles de notre économie et une source de migraine atroce pour la Ministre de l'Économie et des Finances, Marie Carmelle Jean-Marie qui dans son discours d'installation le 3 avril dernier, n'avait pas manqué de faire état "de recettes fiscales et douanières qui ont connu quelques faiblesses ces derniers temps".

Quelques faiblesses ?! Voilà qui est dit avec retenue et même avec pudeur.

Le manque à percevoir au niveau de la Douane et de la Direction générale des impôts (DGI) est une réalité déplorée par tous, et son importance croissante a eu des répercussions certaines sur l'élaboration du budget rectificatif.

La preuve : l'enveloppe budgétaire de 118 milliards de gourdes qui constitue une réduction considérable comparée à l'exercice fiscal antérieur.

En avril 2013 déjà, Marie Carmelle Jean-Marie avait relayé les prévisions de recettes de 52% revues à la baisse (44%), ce qui représentait à l'époque une diminution de l'ordre de 8%.

Cette réduction des capacités d'investissement public de l'Etat ne date pas d'hier.

En 2012, les prévisions n'avaient pas été atteintes.

Les prévisions de croissance pour 2012 tablaient sur des taux d'au moins 7% et n'ont pourtant été que 2,8 %.

Un rapport de la Banque mondiale constatait même une forte diminution des recettes de l'Etat alors que les dépenses augmentaient considérablement.

Les recettes internes de l'État s'élèvaient au cours de cet exercice à environ 9 millions 888.000 gourdes comparées aux 11 millions 120.000 pour la même période, lors du précédent exercice.

Selon le même rapport, cette baisse des recettes était imputable non seulement à la diminution des recettes internes mais, également à celle des recettes douanières.

Les recettes internes, en effet, affichaient une baisse de 14,6 % sous l'effet conjugué de l'Impôt sur le Revenu (-21,9 %), des Droits d'Accise (-35,5 %) et des autres taxes (-10,7 %).

Les recettes douanières - toujours d'après le rapport - évoluaient dans le même sens que les recettes internes avec un léger fléchissement de 4,2 % par rapport à la même époque de l'exercice précédent.

Qu'en est-il en 2014 ? Les contribuables ont-ils raison de redouter une augmentation probable de la charge fiscale ?

La ministre Jean-Marie, lors de la présentation du budget rectificatif, a même cru bon de préciser qu'il ne sera question d'aucune augmentation de la charge fiscale mais plutôt d'un élargissement de l'assiette fiscale.

Un exercice que viendra forcément troubler toute situation aggravée de pertes de recettes fiscales, telle que prévue par le rapport d'étude sur les impacts économiques, sociaux et environnementaux de la mise en œuvre de l'APE.

Pour ce qui a trait à "la concurrence accrue des importations sur la production locale" et "des coûts sociaux d'ajustement à court et moyen terme", cela devrait se traduire par l'incapacité à désamorcer la grogne populaire et à satisfaire, même partiellement, les revendications des couches les plus vulnérables de la population.

Difficile donc, d'anticiper la concrétisation des objectifs communs de lutte contre la pauvreté, de promotion du développement durable et d'une meilleure intégration des États ACP dans l'économie mondiale, tel qu'envisagé dans l'Accord de Partenariat Économique (APE).

Ces perspectives sont inquiétantes et la ministre Jean-Marie en est consciente qui, paraphrasant les mots de Jean-Jacques Dessalines à la Crête à Pierrot, a invité ses collaborateurs du Ministère de l'Économie et des Finances à se préparer au pire :

"Notre tâche est immense, les réformes sont exigeantes, la rigueur et la discipline budgétaires sont ingrates, l'économie et la croissance ne peuvent plus attendre. Alors, dans cette bataille, je ne veux garder avec moi que les plus braves".

A bon entendeur ..

HA/radio Métropole Haïti