Les responsables du ministère de la santé publique s'apprêtent à lancer une vaste campagne de vaccination contre l'épidémie de choléra qui a déjà fait plus de 6 mille morts en Haïti.

L'information a été rapportée par l' Associated Press qui précise que des centaines de travailleurs de la santé seront envoyés dans les rues poussiéreuses de la capitale et dans les villages les plus reculés du pays pour administrer un vaccin contre la maladie.

Mais le projet pilote, qui n'a pas encore obtenu la totalité des 870 000 $US nécessaires à sa mise en oeuvre, a déclenché un débat parmi les experts de la santé publique. Plusieurs d'entre eux mettent en doute la pertinence d'un programme qui ne vaccinera que 1 % de la population et qui pourrait épuiser les stocks limités de vaccins contre le choléra, mettant potentiellement à risque d'autres régions vulnérables à la maladie.

Les experts se demandent aussi s'il sera possible d'administrer avec succès un vaccin qui doit être donné en deux doses, à deux semaines d'intervalle. Ils estiment qu'il serait plus utile de nettoyer les cours d'eau qui ont permis au choléra de se répandre dans le pays.

« Tout le monde pense que ça fera du bien », a affirmé Richard Garfield, professeur de santé publique à l'université Columbia, à New York. « Mais il est difficile de dire quel en sera le bénéfice. [...] Il y a d'autres mesures qui pourraient être plus profitables », a-t-il estimé.

L'organisation Partners in Health, de Boston, et le centre Gheskio, une organisation sans but lucratif initialement vouée à la lutte contre le sida, se sont joints à la campagne de vaccination en espérant qu'elle puisse sauver des vies.

Le cofondateur de Partners in Health, le docteur Paul Farmer, est un défenseur de la première heure du vaccin. Professeur à l'université Harvard et émissaire spécial de l'ONU, son opinion a du poids en Haïti, où il travaille à améliorer la santé publique depuis plus de 20 ans. Il pense que la campagne de vaccination doit être menée coûte que coûte.

« C'est une mauvaise blague de mettre l'accent sur le coût de la campagne », a dit le docteur Farmer dans une entrevue téléphonique. « L'épidémie de choléra en Haïti est la plus grave dans le monde. »

Médecins sans frontières estime que la vaccination de tous les Haïtiens pourrait coûter jusqu'à 40 millions de dollars américains. Mais l'organisation humanitaire souligne que l'immunité procurée par le vaccin commence à diminuer au bout de trois ans.

« La campagne de vaccination ne devrait pas se faire au détriment des mesures sanitaires permanentes », a estimé le docteur David Olson, conseiller médical auprès de Médecins sans frontières, dans un communiqué diffusé en octobre.

L'idée d'une campagne de vaccination a fait surface peu après l'apparition de l'épidémie, en octobre 2010. Mais le gouvernement de l'ancien président René Préval ne voulait pas de la campagne si elle ne permettait pas de vacciner l'ensemble des 10 millions de citoyens du pays.

Au début de l'épidémie, le besoin le plus pressant était de freiner le taux de mortalité lié au choléra. Des Haïtiens morts de la maladie étaient abandonnés dans les rues et dans les montagnes, alors que les travailleurs de la santé luttaient pour traiter les survivants dans des centre de traitement improvisés.

Les nouveaux dirigeants d'Haïti, le président Michel Martelly et le premier ministre Gary Conille, sont pour leur part favorables à la campagne de vaccination.

Mais le représentant de l'Organisation mondiale de la santé en Haïti, Peter Graaff, admet que le programme de vaccination est truffé de complications.

« Le vaccin contre le choléra n'est pas le vaccin le plus simple », a dit M. Graaff dans son bureau de Port-au-Prince.

Il a notamment souligné la nécessité d'administrer une deuxième dose du vaccin et de le garder au frais, tout en rappelant que les stocks sont limités dans le monde.

« Évidemment, ce n'est que l'une des nombreuses mesures de prévention » pour lutter contre le choléra, a-t-il expliqué.

Depuis l'apparition du choléra en Haïti, près de 500 000 personnes ont été infectés et 6500 personnes en sont mortes.

EJ/Radio Métropole Haïti