La loi d'urgence, telle qu'elle a été adoptée, le 16 avril dernier, par une majorité de députés et de sénateurs haïtiens, prolonge de 18 mois l'état d'urgence décrété après le séisme et crée définitivement la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH), prévue par la conférence des donateurs à New York.

«Par ce vote, le pays a gagné mais aussi la communauté internationale», s'est félicité le sénateur Hector Amacacis. «Maintenant, la communauté internationale doit honorer ses promesses faites à la conférence de New York». Face au risque de voir le Sénat rejeter le projet de loi, une réunion a été convoquée avant le vote dans une ambassade occidentale «pour pousser les parlementaires» à voter la loi, «Les étrangers ont mis tout leur poids dans la balance pour faire adopter la loi», a ajouté le sénateur Amacacis.

Cette loi d'urgence augmente sensiblement les pouvoirs de la présidence haïtienne et autorise par exemple le président Préval à passer des contrats sans appel d'offres, à réquisitionner des terrains privés pour y établir des camps, mais aussi à en décider l'évacuation.

la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH) a été décidée lors de la conférence internationale des donateurs à New York, le 31 mars dernier, sera co-présidée par l'ancien président américain Bill Clinton et l'actuel Premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive. Elle comportera seize membres, dont neuf issus de la communauté internationale et sept Haïtiens.

Edgar Leblanc Fils, l'ancien président du Sénat haïtien et actuel coordinateur général de l'OPL, l'Organisation du peuple en lutte exprime explique son analyse «Il se pourrait que le président Préval tente de rester au pouvoir au-delà du 7 février. Mais ceci ne serait possible que s'il a l'appui des acteurs puissants de la communauté internationale qui sont présents et qui sont très impliqués dans la vie politique du pays [...] Et aujourd'hui on constate que le président fait tout pour plaire aux représentants de la communauté internationale. Il leur offre toutes les possibilités et la loi d'urgence est une loi donnant les commandes du pays à la communauté internationale».

Si certains acteurs de la classe politique haïtienne critiquent l'influence que les pays étrangers pourraient exercer sur la reconstruction d'Haïti, d'autres voix d'une population contrainte à vivre sous les tentes, expriment des opinions totalement différentes «Tout vaut mieux qu'un Haïtien à la tête de l'Etat» - «Personnellement, j'aimerais beaucoup qu'Haïti soit dirigé par un étranger, que le pays soit mis sous tutelle étrangère. Comme ça au moins on aura une chance de survivre à ce cauchemar».

N/ Radio Métropole Haïti