En Haïti, les moyens de subsistance déjà précaires risquent encore de s'aggraver à cause des habitudes de vie traditionnelle et du changement climatique. Haïti est très exposé aux épisodes de sécheresse et d'inondation dû à la dégradation de l'environnement telle que la déforestation, un mal qui affecte le pays depuis de nombreuses années. La déforestation est un défi majeur à relever, avec l'abattage de plus de 98 % des forêts ces dernières décennies.

Selon les Nations unies, 70 % des haïtiens cuisent leurs aliments au charbon de bois, les obligeant ainsi à couper de grandes extensions de forêts chaque année sans que personne ne se soucie de reboiser. Les souvenirs d'une végétation exubérante dans le pays appartiennent au passé.

L'accélération de la consommation de charbon d'origine végétale menace de transformer le pays en un désert, le premier dans les Caraïbes, une zone caractérisée par des sols secs et l'absence de végétation.

Le séisme du 12 janvier 2010 a révélé de manière extrêmement brutale la très grande fragilité du pays vis-à-vis des éléments naturels. Les inondations des plaines agricoles, des villes d'estuaires, les glissements de terrains, l'obstruction de chenaux d'écoulements naturels sont toutes dues à l'imperméabilisation croissante des sols liée à la surexploitation des ressources disponibles.

La déforestation spectaculaire a laissé le pays sans défense face à l'érosion. Même les territoires classés «zones protégées» n'échappent pas à la destruction: la grande forêt des Pins par exemple a perdu près de 12 000 hectares de forêt de haute qualité, sa surface s'est réduite à 4 000 hectares.

Le fait qu'il n'existe pas de loi permettant de conférer des droits de propriété foncière indiscutables, conjugué à une forte pression démographique (qui a augmenté les cultures sarclées requérant une forte intensité de main d'œuvre au détriment des cultures à forte intensité de terre, telles que des plantations d'arbres fruitiers) sont les principales causes politiques et économiques de cette situation catastrophique.

Les premiers projets d'aménagement des bassins versants, de reboisement et de conservation des sols, apparus dans les années 1940 à 1980 se sont souvent soldés par des échecs car ils accordaient la priorité à l'aspect physique du processus, le problème était considéré comme un problème technique auquel il fallait apporter des solutions techniques.

Depuis les années 1980, une approche plus réaliste cherche à intégrer le monde agricole avec ses motivations sociales et économiques. Elle dépasse le seul cadre de la conservation des eaux et des sols; elle considère le reboisement comme un facteur de développement rural. L'ensemble du territoire a été cartographié et les travaux des experts ont permis d'élaborer un nombre impressionnant de programmes d'actions.

Le Gouvernement haïtien avait à l'étude un plan d'action pour lutter contre la déforestation, mais le tremblement de terre à définitivement remis en question sa mise en œuvre, ce, indépendamment de l'aide promise par certaines organisations internationales.

Sur le terrain, cette masse de connaissances sur ce qu'il faudrait faire est en total décalage avec les réalisations concrètes. Il n'existe toujours pas, par exemple, de modèle d'un traitement réussi qui pourrait servir de référence. Seuls une démultiplication des actions et un intérêt mutuel peuvent venir à bout d'un tel chantier.

Le taux de couverture forestière d'Haïti est aujourd'hui de moins de 2% contre 47% en République Dominicaine, tous types confondus (mangroves, forêts sèches, réserves forestières, parcs naturels). 30 millions d'arbres sont coupés annuellement pour couvrir 70% des besoins énergétiques des haïtiens, sans que parallèlement aucun projet de reboisement ne vienne les régénérer.

Les experts internationaux considèrent qu'Haïti a besoin de planter plus de 200 millions d'arbres pour augmenter la surface boisée de seulement 10%, cela nécessitera des investissements considérables mais personne ne sait d'ou viendra cet argent.

Le choc du séisme doit mobiliser le Gouvernement, le Parlement et les donateurs pour éliminer les nombreux «ralentisseurs» qui gangrènent les bonnes volontés. Il faudrait aussi mettre le monde paysan au cœur du dispositif.

À court terme, l'existant doit être conservé avant tout. Parallèlement, il faut faire en sorte que les arbres plantés représentent une valeur patrimoniale alors qu'actuellement, leur valeur provient essentiellement de leur transformation en charbon.

N/ Radio Métropole Haïti