Le dialogue est-il devenu une arme inefficace entre les mains de Jovenel Moïse ? La question se pose puisque certains secteurs n'entendent pas s'asseoir avec le président de la République dont ils ont rejeté la main tendue. En effet, des acteurs ont décliné une invitation au dialogue lancée par le Palais national en début du weekend dernier.

Alors que Jovenel Moïse souhaite ouvrir les discussions pour tenter de résorber la crise qui sévit dans le pays, de secteurs refusent tout carrément de rencontrer le président de la République, tandis que d'autres se montrent peu disposés.

Alors que les appels à sa démission fusent de toutes parts, Jovenel Moïse semble ne pas en faire grand cas, et ressort sa vieille carte du dialogue.

En effet, en pleine crise sociopolitique caractérisée par des manifestations violentes récurrentes, le président de la République veut rencontrer les acteurs-clés ; ceux-là mêmes qui critiquent ce qu'ils appellent sa mauvaise gestion du pays, réclamant ainsi son départ anticipé.

Des correspondances d'invitation portant la signature de Nahomme Dorvil, directeur de cabinet du président de la République ont déjà été adressées aux représentants des secteurs syndical, religieux, universitaire, privé, paysan, de la société civile et des droits humains. Lieu de rencontre : la résidence privée de Jovenel Moïse à Pèlerin 5.

Et c'est à partir de ce lundi que les invités devraient commencer à défiler en vue de faire part au président de la République de leur lecture de la conjoncture.

A l'évidence, cette stratégie présidentielle, qui d'ailleurs n'est pas nouvelle, ne tient plus debout.

Catégoriquement, René Monplaisir, coordonnateur du secteur populaire aysiyen avec qui Jovenel Moïse compte s'entretenir, décline l'invitation.

L'activiste politique évoque plusieurs raisons qui motivent cette déclinaison ; parmi elles : le fait pour des partisans zélés du PHTK d'avoir prodigué des menaces à l'endroit des hommes politiques, des hommes d'affaires, des militants de l'opposition et des membres de la presse.

Il n'y a pas que ce militant qui refuse la main tendue de Jovenel Moïse. Religion pour la Paix ainsi que le Forum Economique du secteur privé seraient tout aussi frileux, donc peu disposés à rencontrer l'occupant du Palais national.

La carte du dialogue n'est-elle pas la dernière dont dispose le président de la République ? Au regard de la Démocratie, la réponse ne peut être que Oui. Mais entre les mains de Jovenel Moïse elle semble inefficace.

Mais attention ! Les Etats-Unis viennent de tout juste de sortir de leur silence, réagissant ainsi à la situation chaotique qui s'est installée en Haïti depuis peu. Le pays de l'Oncle Sam n'a pour l'instant fait que rappeler aux décideurs la nécessité de la mise en place d'un gouvernement pour faire face aux défis d'Haïti. Même s'il parait aujourd'hui difficile, voire impossible, les Etats-Unis encouragent le dialogue.

Dans ce contexte où l'opposition se radicalise et se renforce de plus en plus, où les pouvoirs de l'Etat n'ont de pouvoir véritable que le nom, où la peur habite les esprits à un point tel que certains responsables d'écoles ont vite fait de fermer de manière anticipée leurs portes, il est légitime de croire qu'un dialogue entre Haïtiens, sans intermédiaire étranger, est un pari perdu d'avance.

Faut-il s'attendre à l'arrivée d'une commission internationale en Haïti en vue de l'arbitrage d'un ‘'Chita pale'' ? La question se pose déjà. L'option n'est pas à écarter.

GEAJ/Radio Métropole Haïti